Équilibres et déséquilibres globaux de la planète

Les éléments qui suivent ont servi de base à plusieurs conférences sur le même thème d'un " monde chaotique " :

Académie du Renseignement

Université de Créteil

Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS)

29 avril 2019

18 mars 2019

18 février 2019

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EN COURS D’ACTUALISATION (Cours de 2019)

Cette première grille d'analyse appréhende la planète comme un « système » où doivent être préservés de grands équilibres, en particulier ceux qui touchent ce que lon appelle les logiques du vivant.

 

En ce sens, trois dynamiques majeures sont à l’œuvre : (1) la démographie mondiale, (2) les dégradations environnementales et (3) les modes de production et de consommation. Elles sont intimement liées. Dans vos analyses, vous pouvez privilégier l’une ou l’autre mais vous ne pouvez pas travailler sur l’une indépendamment des deux autres.

Exemple : on entend souvent dire que l’augmentation de la population constituerait l’une des principales menaces pour les équilibres du vivant au niveau planétaire. L’ensemble des pays pauvres, et particulièrement l’Afrique avec sa forte croissance démographique, sont implicitement visés. Pourtant, en terme de dégagement de gaz à effet de serre, un Africain pollue en moyenne vingt fois moins qu’un Nord-américain. Petit exemple qui souligne combien la question démographique ne doit occulter ni la responsabilité prioritaire d'une meilleure gestion et répartition des ressources ni une mise en cause du modèle consumériste.

Rappelons donc les données essentielles dans ces trois dimensions.

1. Les évolutions de la démographie mondiale


A. Comme vous le savez, la population mondiale atteint près de 8 milliards en ce début d'année 2022, contre 2,5 milliards au début des années cinquante. La population mondiale a doublé en 50 ans : il y a bien une forme d’emballement. Elle s'accroît de près de 89 millions d'habitants [1] chaque année (c'est un peu comme si on ajoutait la population de l'Allemagne (81 millions d'habitants) à la population mondiale). Ainsi, même si le taux daugmentation tend à baisser légèrement, il devrait y avoir en 2050, selon l’ONU, 9,8 milliards d’habitants sur la planète.

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La Chine et l’Inde ayant effectué leur transition démographique, ce sont principalement les pays de l’Afrique subsaharienne (Nigéria, Angola, Guinée équatoriale, Niger, Ouganda...) qui connaissent actuellement les taux de croissance démographique les plus élevés. Selon les projections des Nations-Unies, l’Afrique représentera 54 % de l’augmentation de la population mondiale entre 2015 et 2050 et 83 % de l’augmentation entre 2015 et 2100.​

B. Phénomène mondial, le vieillissement des populations touche aussi bien des pays développés comme le Japon que des pays émergents comme la Chine. En Europe, il a d’abord concerné les pays du Nord avant de s’étendre à ceux du Sud. Cette augmentation de la part de personnes âgées dans la population européenne (13,7 % des personnes avaient 65 ans et plus en 1990, 19,2 % en 2016 dans l’UE 28) est la dernière conséquence de la transition démographique, qui se traduit par la baisse de la fécondité et l’augmentation de l’espérance de vie. La population française vieillit à un rythme légèrement moins rapide. La part des personnes âgées de 65 ans ou plus y est passée de 13,9 % en 1990 à 18,8 % en 2016.

[1] Ceci grâce à un nombre de naissances supérieur (150 millions) à celui des décès (61 millions).

2. La dégradation de lenvironnement

 

Au-delà du réchauffement climatique et de l’extraction des énergies fossiles, c’est la restriction de la biodiversité qui représente aujourd’hui l’enjeu essentiel. Nous vivons, nous disent les experts, une sixième extinction [1] d'espèces animales. Il y avait, en effet, déjà eu des « extinctions » par le passé (heureusement d'ailleurs : c'est la disparition des dinosaures qui a permis notre apparition…). Mais elles avaient pris des milliers d’années alors que nous voyons aujourd’hui disparaître des espèces en une génération. Certaines, emblématiques, sont ainsi menacées, comme les grands mammifères qui correspondent au sommet de la chaîne alimentaire.

En cause, le rétrécissement des espaces vitaux pour ces animaux (urbanisation et multiplication des mégalopoles, déforestation,...), le réchauffement climatique (fonte de la banquise arctique...) [2], la pollution atmosphérique et la moindre capacité des forêts à régénérer loxygène, la pollution maritime (cf. la constitution d'un « 8ème continent » de déchets plastiques dans l’océan), mais aussi le braconnage, l’appauvrissement des sols, la surconsommation de viande, la surpêche ou encore les impacts environnementaux des conflits armés. Les conséquences de ces dégradations sont maintenant bien documentées et symbolisées par l'avancée du « jour du dépassement » chaque année.

[1] Au cours des dernières 500 millions d'années, la vie sur Terre a presque totalement disparu à cinq reprises, à cause de changements climatiques : une intense période glaciaire, le réveil de volcans et la fameuse météorite qui s’est écrasée dans le Golfe du Mexique il y a 65 millions d’années, rayant de la carte des espèces entières comme celle des dinosaures. Ces événements sont communément appelés les cinq extinctions massives ; or tout semble indiquer que nous sommes aux portes de la sixième du nom. À la différence que, cette fois, nous sommes seuls responsables de ce qui se produit. 

[2] On peut rappeler ici certaines responsabilités relatives au réchauffement climatique :

- les 90 principales entreprises productrices de pétrole, gaz, charbon et ciment sont à l’origine de 57 % de la hausse de la concentration atmosphérique en CO2, de près de 50 % de la hausse de la température moyenne mondiale, et d’environ 30 % de la hausse du niveau moyen des mers observées depuis un siècle ;

- les vingt plus grandes entreprises des secteurs de la viande et des produits laitiers ont émis en 2016 plus de gaz à effet de serre que toute l’Allemagne. Si ces entreprises étaient un pays, elles seraient le 7ème émetteur de gaz de serre.

3. Un modèle de croissance productiviste et prédateur

Le système actuel, caractérisé par le productivisme, la prédation, la dépendance aux énergies fossiles et le consumérisme, s'avère particulièrement néfaste pour l’environnement. Mais il pose aussi un problème de répartition. Aujourdhui, 1/5ème de l’humanité consomme les 4/5ème des ressources produites

D'où la question : que se passerait-il si les classes moyennes asiatiques puis africaines en croissance démographique se mettaient à consommer comme leurs homologues européennes ou américaines ?

En fait, il apparaît tout à fait possible de nourrir une population de 9 ou 10 milliards d’habitants à l’horizon 2050 tout en réduisant les impacts environnementaux, pour peu que l'on transforme nos modes de production et d’organisation économique.

Vous appartenez à la génération qui, par nécessité, devra travailler sur les alternatives, en particulier la réduction des pertes et gaspillages alimentaires, la transition vers des systèmes alimentaires qui reposent sur les petits producteurs, l’agroécologie et les marchés locaux, etc. Ce ne sera pas facile tant sont ancrées de mauvaises habitudes ; mais gardez en tête :

- d'abord, que mieux gérer les ressources s'avère aujourd'hui plus efficace que limiter la démographie, quand bien même il reste nécessaire qu'un certain nombre de pays achèvent leur transition démographique ; la vraie question, celle dont dépend la survie de l’espèce humaine à terme, est finalement moins celle du nombre que celle des modes de vie ;

- ensuite que, quelles que soient les réticences, la prise de conscience des déséquilibres planétaires gagne chaque jour du terrain ; par nécessité, nous entrons dans une phase d'  « écologisation » du monde comme il y a eu une phase dindustrialisation ;

- et qu'enfin, par conséquent, vous allez voir émerger une pression forte contre les États qui ne jouent pas le jeu écologique ; nous connaissions les « Etats voyous » ; peut-être allons-nous voir émerger la notion d’État « écologiquement voyou ».

B. Les conséquences sur l’ordre du monde : trois crises transversales de la globalisation

1. Les inégalités de développement


La progression de la croissance mondiale, dimension extrêmement positive de la globalisation, s’est accompagnée d’un écart croissant entre les riches et les pauvres. Huit cents personnes possèdent en stock, l’équivalent des revenus annuels de la moitié la plus pauvre de la population mondiale.

Il ne faut pas négliger les inégalités de développement. Si elles ne provoquent plus de guerres de conquête territoriales, elles alimentent des ressentiments voire des conflits locaux parfois extrêmement violents, comme on le voit au Soudan, au Kurdistan, en Palestine, etc.

2. Les migrations internationales

Elles sont surtout la première explication de phénomènes migratoires considérables et durables. C’est le second effet pervers de la globalisation.

La mondialisation des flux migratoires est un phénomène appelé à s’amplifier. Ne serait-ce qu’en raison du différentiel de revenu entre pays riches et pays en développement que je viens d’évoquer, mais aussi des perspectives démographiques, de l’évolution des tensions politico-économiques dans un certain nombre de pays, à quoi s’ajoute désormais l’impact du changement climatique et les flux croissants de déplacés environnementaux.

Le problème reste que la gouvernance mondiale de ces migrations internationales semble, quant à elle, toujours débordée par ces évolutions inévitables. Leur perception anxiogène contribue partout au retour des frontières, des murs et des barbelés et interroge profondément certains pays sur la question identitaire.

Sur ce dernier point « identitaire », notons qu’il s’est produit en vingt ans un changement de nature des migrations. Si la décision de quitter son pays relevait le plus souvent d’un motif économique, celle du choix du pays d’arrivée restait « civilisationnelle », en ce que l’adhésion aux principes de la société d’accueil allait de soi. Aujourd’hui, le choix du pays d’arrivée est aussi « économique » que la motivation du départ - les nouveaux arrivants visent une installation en continuité avec leur société d’origine, dont ils cherchent à conserver, dans la mesure du possible, les principes et les mœurs.

3. La criminalité organisée

Une troisième crise de la mondialisation, d’une nature toute différente, concerne l’incontrôlable expansion de l’économie criminelle. Cela vient essentiellement du fait que la mondialisation s’est faite par le marché et pas par le droit.

Que les marchands souhaitent la disparition des frontières qui entravent les flux, c’est une évidence parfaitement montrée par les libéraux anglo-saxons dès le 18ème siècle. Avec l’ouverture des frontières à la circulation des personnes, des biens et des capitaux, le marché a envahi toutes les sphères de la société, même les plus intimes. Mais le droit n’a pas suivi ce mouvement. Et c’est dans ce « retard du droit sur le marché » qu’une bonne partie des phénomènes criminels contemporains a pu monter en puissance.