Après Daech...

Le terrorisme islamiste

De l’attaque contre Charlie Hebdo à l’assassinat du Colonel Arnaud Beltrame, la France a été, dans les années récentes, victime d’attentats terroristes qui l’ont profondément affectée, au point d’infléchir le cours de son histoire politique.

 

Avec la récente victoire militaire contre le « califat » de Daech, nous entrons dans une nouvelle période. Comment le terrorisme islamiste va-t-il évoluer ? Pourquoi va-t-il durer longtemps ? Touchera-t-il encore la France plus que d’autres pays européens ? Comment y faire face, individuellement et collectivement ? Telles sont les questions auxquelles il est indispensable d’apporter des réponses pour appréhender la réalité de cette violence.

Avril 2018

Plan

Introduction

Première partie : Archaïsme et modernité du terrorisme islamiste

 

Chapitre 1     Une rupture historique

-  Les nouvelles dynamiques djihadistes

-  Une violence aux racines « glocales »

-  Un terrorisme transnational

 

Chapitre 2     Le terrorisme contemporain, miroir de la complexité du monde

-  Fascination / répulsion de l’Occident

-  Un chaos durable au Levant

-  Convergences objectives entre terrorisme et criminalité organisée

 

Chapitre 3     La cohérence stratégique de l’islam combattant

-  La menace change de nature et de cible 

-  La « promesse » du djihad

-  La séduction de la violence

 

Conclusion 1     C’est parti pour durer

 

Deuxième partie   La France touchée au cœur 

 

Chapitre 4     Pourquoi nous ?

-  Un pays visé pour ce qu’il est et pour ce qu’il fait

-  Réalités et perceptions de nos interventions à l’étranger

-  Vulnérabilités nationales

 

Chapitre 5     Qui sont « nos » terroristes ?

-  Des profils diversifiés mais convergents

-  Les parcours de radicalisation

-  Le passage à l’acte

 

Chapitre 6     Ce que le terrorisme révèle de nous-mêmes

-  Influences extérieures et doutes identitaires

-  Immigration et inconscient colonial

-  Malaise social et narcissisme triomphant

 

Conclusion 2     La mutation de l’espace politique

Troisième partie   Lutter contre le terrorisme à venir

 

Chapitre 7     Affrontement idéologique

-  Quand l’islamisme devient le meilleur ennemi de l’islam 

-  Que reste-t-il des Lumières ?

-  Contrer le contenu et la propagation du discours islamiste

 

Chapitre 8     L’après Daech

-  Lutte d’influence entre grands acteurs au Moyen Orient

- Restructuration et mutation des groupes terroristes

-  La guerre jusqu’où ? 

 

Chapitre 9     Vivre avec le terrorisme

-  Prévention : Tarir les viviers d’apprentis djihadistes

-  Détection : Du renseignement territorial à la coordination nationale

-  Répression : Renforcer la cohérence de la chaîne pénale

 

Conclusion 3     Une réponse de la société tout entière

 

Conclusion     Le terrorisme qui vient

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Introduction

Depuis les attentats de janvier 2015, la France vit dans un contexte radicalement nouveau. Certes, elle avait déjà subi, par le passé, une violence terroriste épisodique à laquelle elle avait payé le prix fort. Mais elle doit désormais affronter durablement une menace d’une ampleur inconnue et très difficile à éradiquer.

Il en est de même pour de nombreuses autres nations à travers le monde, grandes ou petites, pauvres ou développées. Les pays musulmans sont les premiers touchés, au Moyen-Orient, en Afrique et même en Asie. Dans notre entourage proche, ce sont la Belgique, l’Allemagne, ou le Royaume Uni qui apparaissent, comme nous, particulièrement visés. Et chaque nouvel attentat sur le sol européen relance, dans un compréhensible désarroi, plusieurs questions : Combien de temps cela va-t-il durer ? Qui sont ces terroristes ? Quels sont leurs objectifs ? Comment s’en protéger ?… Autant d’interrogations que chacun se pose légitimement. Autant d’inquiétudes individuelles et de craintes collectives qui se renforcent mutuellement et influencent de façon profonde le « vivre ensemble » de nos sociétés.

 

D’innombrables livres, articles, reportages, rapports, émissions… traitent de ces questions. Jusqu’à saturation du citoyen-spectateur, chaque attentat est longuement décortiqué par les politiques, les experts et les commentateurs, sous tous ses différents aspects (géostratégique, religieux, historique, social, psychologique, etc.) Et sans doute est-il trop tard pour ne pas tomber dans le piège que le terrorisme nous tend de le laisser envahir le débat public. Pour autant, ces nécessaires analyses de spécialistes venus de disciplines différentes laissent entière la difficulté d’appréhender l’irruption de cette violence dans sa globalité

 

Elles ne permettent pas non plus de se faire une idée claire de l’évolution future du phénomène. Or le terrorisme de demain sera différent, à bien des égards, de celui qui nous frappe aujourd’hui. Son évolution s’appuie sur de nombreuses dynamiques souterraines, en particulier celles liées à la restructuration des organisations djihadistes après la défaite militaire de l’ « État islamique » [1], symboliquement marquée par la chute de Mossoul en Irak début juillet 2017 puis par celle de Raqqa en Syrie en mars 2018. Au demeurant, rien que depuis l’attentat contre Charlie Hebdo [2], le terrorisme a déjà évolué dans ses visées, sa propagande, son recrutement et ses modes d’action.

Et c’est pour tenter de répondre à ces interrogations que nous devons ambitionner ici, avec toute l’humilité de mise pour traiter un tel sujet, de saisir l’ensemble des forces et des interactions à l’œuvre dans le terrorisme contemporain et d’anticiper la mutation du phénomène dans les années à venir.

*

Pour entamer cette réflexion, le plus pertinent reste de partir de l’actualité du « terrorisme islamiste ».

 

En se limitant d’abord aux pays occidentaux, il faut rappeler qu’en quatre ans, soit du 29 juin 2014, date de la proclamation du « califat » de l’État islamique, à la mi-2018, date de sa liquidation en tant qu’entité géopolitique, 51 attentats ont été perpétrés dans huit pays, aux États-Unis, au Canada et en Europe. Au total, ces attaques ont été menées par 65 assaillants, et ont fait 395 morts et 1 549 blessés, sans prendre en compte les terroristes abattus ou qui se sont suicidés. L’Europe à elle seule compte 331 victimes, dont 239 en France, 37 au Royaume-Uni, 36 en Belgique, 12 en Allemagne, 5 en Suède, 2 au Danemark.

 

Nous ne comptons là que les attentats violents perpétrés par des individus proclamant, d’une façon ou d’une autre, qu’ils ont commis ceux-ci « au nom d’Allah ». C’est une catégorisation simple en apparence mais derrière laquelle se cachent, de fait, trois questionnements difficiles.

 

1. Le premier est d’ordre religieux. Quelle réalité se cache derrière cette revendication : « au nom d’Allah » ? Autrement dit : Qu’est-ce que la religion a vraiment à voir dans tout cela ? Interrogation qui porte :

- d’abord sur la cause réelle des attentats. Ne sommes-nous pas « simplement » en présence, au mieux d’attentats politiques, au pire d’actes névrotiques, plus ou moins bien habillés d’une revendication religieuse et d’une communication conséquente ?

- ensuite sur la représentation que les terroristes se font de l’islam et sur le « mode d’acquisition » du bricolage dogmatique qu’ils assimilent à cette religion (tant il apparaît que la quasi totalité des terroristes occidentaux n’avaient qu’une connaissance très superficielle de celle-ci au moment de « passer à l’acte ») ;

- enfin sur le rapport à l’islam qu’entretiennent les autorités autoproclamées de la nébuleuse djihadiste internationale. A commencer par Daech : faut-il rappeler que la création de « l’État islamique en Irak » en 2006 (qui deviendra Daech en 2013) doit beaucoup à l’apport de hauts gradés baasistes de l’armée de Saddam Hussein qui n’avaient qu’une relation très distanciée avec la religion ? Ou encore que l’organisation prétend interpréter le dogme au plus près de l’essence même des valeurs islamiques mais que son interprétation reste rejetée par l’immense majorité des musulmans ?

 

2. Le second questionnement porte sur la différentiation manifeste entre le dessein collectif de l’islamisme [3] (soit, à quelques nuances doctrinales près, la conversion du monde à la religion musulmane) et l’attitude individuelle, souvent qualifiée de « nihiliste », des terroristes contemporains, du moins ceux qui agissent en Occident.

 

D’un côté, les organisations islamistes, en premier lieu Al-Qaïda et Daech ces dernières années, élaborent des stratégies sophistiquées de déstabilisation internationale et de prises de pouvoir locales. De l’autre, les auteurs des attentats en Occident, désormais assez nombreux pour que l’on puisse relever des traits communs de leur psychologie, s’inscrivent très majoritairement dans une démarche personnelle, généralement suicidaire en ce qu’elle semble animée essentiellement par l’espoir d’un Salut qu’ils escomptent pouvoir obtenir en mettant leur mort au service de Dieu.

3. D’où un troisième questionnement d’ordre pratique : quel est le degré d’autonomie de ces apprentis djihadistes ? En d’autres termes, quelles relations entretiennent-ils avec l’ensemble des structures capables de les inspirer, les « idéologiser », les recruter, les instrumentaliser, leur fournir des appuis, etc. ?

Nous reviendrons, bien entendu, sur cet écheveau singulier de liaisons en réseaux. Contentons-nous, dans cette introduction, d’en souligner quelques aspects.

 

- Au regard des chiffres que nous venons de citer, on notera d’abord que la plupart des attentats menés en Occident, de la mi-2014 à la mi-2017, se sont révélés être des actes solitaires (66 %) ; cela ne veut pas dire que leurs auteurs sont des « loups solitaires » (lesquels « inventent » leur propre idéologie) mais qu’ils ont préparé et commis leur acte de façon très autonome.

 

- On retiendra surtout que 8 % seulement des attaques ont été planifiées sur ordre direct de l’État islamique ; ce pourcentage, qui peut surprendre par sa faiblesse, représente la proportion d’attentats directement ordonnés par Daech de façon avérée, alors que les autres attaques peuvent être considérées comme ayant été, en majorité, inspirées ou indirectement ordonnées par cette organisation (notamment à travers une propagande appelant, de façon globale, les djihadistes à agir là où ils se trouvaient et avec « les moyens du bord » à leur disposition) ;

- Il est désormais notoire, en effet, que les liens opérationnels entre Daech (en tant qu’organisation centralisée en Syrie/Irak) et les terroristes agissant dans le monde entier (en revendiquant plus ou moins clairement leur allégeance à celle-ci) ont pu pendant cinq ans et peuvent parfois encore se décliner sous toutes les formes. Ce qui conduit, en pratique, à une grande diversification des modalités d’attaques : centralisées, décentralisées, déconcentrées, inspirées ou reprises a posteriori par Daech à son compte, élaborées ou rudimentaires…

 

Une différence de nature s’affirme ainsi d’emblée dans les champs religieux, politique et opérationnel, entre, d’une part, les organisations islamistes plus ou moins bien structurées et, d’autre part, les djihadistes qui frappent partout dans le monde.

Cela étant, et pour en rester à l’Europe, cette différence de nature ne signifie nullement qu’il existe un vide entre les individus « chez nous » et les organisations « là-bas ». De façon symbolique et psychologique, le lien est établi par une relation d’allégeance, même tardive, des premiers aux secondes. De façon plus concrète, un « pont » opérationnel s’est établi sous la forme d’un « milieu » djihadiste, où se retrouvent tous ceux qui, à des degrés divers d’engagement, participent ou souhaitent participer à ce combat mortifère. Le fonctionnement de cette nébuleuse organisée en réseau assure la fluidité des interactions et des communications entre ces « entrepreneurs de violence » et favorise leurs synergies.

 

A la fois étanche et hyper connecté, ce « milieu » djihadiste a pris son essor dans le monde virtuel via internet et les réseaux sociaux. Et il s’est adapté, dans le monde réel, au contexte de chaque pays. En France, il s’est développé à partir de certaines cités périurbaines et de « zones de non droit », de mosquées salafistes et d’écoles islamiques tenues par des « prédicateurs de haine » ainsi que de plusieurs prisons de la République. L’ensemble a fini par former, chez nous, un écosystème djihadiste au sein duquel se tissent les liens de toute nature entre ceux qui concourent, à des degrés divers, à la violence terroriste.

 

*

Le terrorisme islamiste qui nous frappe possède ainsi une dimension internationale et une dimension nationale qui interfèrent en permanence mais ne se confondent pas.

 

- La première est liée aux évolutions du monde contemporain. Certaines alimentent directement le terrorisme, à commencer par les affrontements au Proche et au Moyen-Orient, la prolifération de groupes et milices armés dans cette zone ou encore la résurgence des rivalités entre Sunnites et Chiites [4].

 

D’autres contribuent à créer un contexte favorable aux formes actuelles de l’action violente. Ainsi l’ « occidentalisation » du monde, lente mais inexorable, à laquelle l’époque moderne nous avait habitués, bute-t-elle désormais sur de nombreux obstacles : les échecs de la mise en œuvre d’une gouvernance mondiale fondée sur le droit international, le progrès social et la réduction des inégalités économiques ; les conséquences déstabilisatrices d’un interventionnisme occidental au Moyen-Orient toujours largement guidé par un syndrome post-colonial persistant ; la revendication des différences historiques, ethniques, religieuses, culturelles, rituelles… au sein de toutes les communautés inquiètes de la perte possible de leur cohésion et de leurs traditions ; la violence du refus de tous ceux qui se sentent exclus ou s’excluent eux-mêmes de ce vaste mouvement de globalisation, etc.

 

Au final, des causalités multiples et un contexte favorable font que les États modernes se trouvent confrontés à des violences liées à une religiosité fanatisée et que la planète court le risque d’une fragmentation régressive sans précédent. Ainsi la mondialisation rebat-elle les cartes de cette « instrumentalisation réciproque » du politique et du religieux, à l’œuvre depuis que l’Histoire s’écrit. Le terrorisme actuel se révèle comme un des produits les plus hideux de cette redistribution.

Il nous faut donc analyser la survenance historique de ce « nouvel » ennemi, cerner sa stratégie, en percevoir les ressorts, identifier ses objectifs et ses méthodes, anticiper ses mutations. On verra ainsi, par exemple, que Daech s’est inscrit parfaitement dans la longue histoire de l’islam combattant tout en y introduisant, à plusieurs égards, des ruptures radicales. Nous examinerons ainsi dans le détail ce qui fait, à la fois, l'archaïsme et la modernité du terrorisme islamiste.

- La dimension nationale, quant à elle, interroge notamment le fait que, parmi toutes les nations occidentales, c’est la France qui a été la plus touchée par les attentats récents

Y a-t-il des facteurs spécifiques à notre pays qui conduisent à en faire une cible privilégiée des terroristes ? La question mérite pour le moins d’être posée. Ne serait-ce que parce que, pendant plusieurs mois, les politiques ont essayé de nous convaincre que Daech attaquait la France pour ce qu’elle est, alors que les terroristes chez nous affirmaient clairement mener leurs actions destructrices pour ce qu’elle fait. En réalité, les deux sont vrais et la France semble se désigner à la vindicte des djihadistes pour un ensemble de raisons très différentes, allant de ce qu’elle représente symboliquement dans le monde jusqu’aux frustrations provoquées par sa politique intérieure et son action extérieure. D’où une interrogation importante mais souvent occultée par le politique, quant à notre part de responsabilité dans le développement du djihadisme sur notre sol.

 

*

Enfin, il nous faudra nous pencher sur les actions à mener pour faire face au terrorisme qui nous frappe et à celui qui nous frappera à l’avenir. 

 

Effet d’affichage ou réelle volonté politique, la grande majorité des gouvernements à travers le monde placent désormais la lutte contre le terrorisme parmi leurs toutes premières priorités. Au point de masquer souvent leurs désaccords sur de nombreux autres sujets en se retrouvant sur celui-ci, l’un des rares à faire consensus au sein de la communauté internationale.

 

Depuis plus de quinze ans, l’interventionnisme occidental dans le monde arabo-musulman a été largement justifié ou déterminé par cette lutte anti-terroriste. Mais l’absence de vision politique à moyen et long terme, l’interférence continue d’intérêts économiques contradictoires, les moyens militaires employés … contribuent à entretenir et renforcer les racines du djihadisme dans cette région du monde et à y faire cycliquement renaître une violence non maîtrisable. Au demeurant, le terrorisme ne s’éradique pas : rappelons, s’il en était besoin, qu’il est un mode d’action, non une entité en soi, ni une idéologie, ni l’expression d’une déviance religieuse.

 

En France, une certaine incertitude stratégique a suivi les premiers attentats de 2015, tant était grand l’effet de sidération. Le discours s’est affirmé martial (« Nous sommes en guerre »), alors que la plupart des autres pays européens se gardaient bien d’adopter ce registre. On sait combien la communication après un acte terroriste demeure un exercice difficile pour tout gouvernement : le risque existe de n’en faire pas assez (et donc d’être accusé de ne pas avoir pris la mesure de l’importance de la menace) ou d’en faire trop (et donc de reconnaître implicitement que les auteurs de l’acte ont atteint leur but de déstabilisation politico-sociale et leur assurer ainsi, tout cynisme mis à part, le « service après-vente »).

 

Au final, le débat public en France a, globalement, permis d’éviter quelques ornières, dans lesquelles les Américains sont souvent tombés : la « guerre au terrorisme », la qualification de l’islamisme comme un « cancer », l’amalgame entre islamisme et islam, et, de façon générale, la dévalorisation de l’ennemi pour mieux le combattre. De même la résilience de la population française a-t-elle permis d’éviter les réactions épidermiques contre les communautés musulmanes, par exemple de type « ratonnades ».

Concrètement, un travail considérable a été accompli en quelques mois, et pas seulement dans la seule dimension sécuritaire ; il a débouché sur de très nombreuses mesures, sur lesquelles nous reviendrons. Il a fallu et il faut encore répondre de façon adaptée à chacun des trois niveaux d’adversité auxquels nous sommes confrontés :

- une idéologie islamiste d’autant plus dangereuse que la vision du monde qu’elle développe est radicalement opposée à la nôtre ;

- des groupes djihadistes armés, souvent issus de la décomposition d’Al-Qaïda et de Daech, qui continuent de proliférer et constituent une menace sérieuse à nos intérêts de sécurité ;

- enfin, les terroristes et apprentis terroristes chez nous qui, aujourd’hui majoritairement adeptes d’attentats « low cost », apparaissent de plus en plus difficiles à détecter avant qu’ils ne passent à l’acte. 

 

Au-delà, quelles actions faudra-t-il lancer pour contrer « la guerre d’après » ? Alors même que nous n'en avons pas encore fini avec le terrorisme d’aujourd’hui, il nous faut déjà en percevoir les évolutions pour mieux les combattre. La rapidité avec laquelle se modifient les nombreux « paramètres » de l’action violente, exige une réactivité et une agilité accrues dans nos anticipations et nos réponses.

La majorité de ces actions de contre-terrorisme relèvent des acteurs régaliens de l’État (armée, police, justice, renseignement, …) Mais beaucoup d’autres doivent être entreprises pour diminuer le nombre d’individus susceptibles d’être attirés par l’aventure djihadiste. Ces actions de prévention, visant à détourner les jeunes d’une telle attraction mortifère, touchent, quant à elles, l’éducation, la culture, tout comme l’accès à la formation professionnelle, au travail et à l’emploi… Car les terroristes ne viennent plus de l’extérieur et ne passent plus que rarement les frontières. Le vivier est en nos murs et les candidats qui se pressent pour le rejoindre sont, pour la plupart, des jeunes nés dans notre pays. C’est dire combien les attentats sont aussi le symptôme et le produit de failles de notre société, qu’il nous faudra combler ensemble pour développer notre résilience, individuelle et collective, et surmonter durablement l’épreuve que nous subissons.

 

[1] Dans cette introduction, pour faciliter la lecture, nous employons indifféremment les termes Daech (acronyme arabe de « l’État islamique en Irak et au Levant » ou EIIL créé le 9 avril 2013) et « État islamique » (nom donné par l’EIIL au « Califat » dont il a proclamé, le 29 juin 2014, le rétablissement sur les territoires qu’il contrôlait alors).

[2] L’attaque terroriste islamiste contre le journal satirique Charlie Hebdo à Paris est le premier des attentats en France perpétrés après la proclamation de l’État Islamique. Le 7 janvier 2015, les frères Chérif et Saïd Kouachi pénètrent dans le bâtiment abritant les locaux du journal armés de fusils d’assaut et y assassinent onze personnes, dont huit membres de la rédaction.

[3] Sur la signification et l’utilisation du terme « islamisme », cf. l’introduction de la Première partie.

[4] De nombreux ouvrages traitent des divergences et des affrontements entre Sunnites et Chiites. Nous en rappelons les éléments essentiels en Annexe 3.