Histoire familiale

Un peu d’histoire familiale

pour Aurélia, Élisabeth, Marc, Hugo, Alexandre,

Sandrine & Lise,

et pour Néva, Paul, Manon, Colin et tous les autres à venir…

 

 

Je vous écris d’Israël, de la Résidence de France à Tel Aviv. La terrasse de ma chambre, tournée vers l’ouest, offre une vue immense sur la mer. D’ici, le regard embrasse, en un demi-cercle lumineux, les différentes directions de mes origines familiales : Le Caire et Alexandrie au midi ; Rhodes droit devant ; Istanbul au couchant et Beyrouth au septentrion. Mon bureau, lui, regarde à l’orient, vers Jérusalem et la profondeur de l’Eretz.

Il aura fallu que je sois nommé représentant de la France dans ce pays pour pouvoir commencer à reconstituer pour vous cette histoire. Sans doute ma nomination a-t-elle transformé en fierté le poids d'en être issu ; sans doute la disparition de la mémoire de la génération précédente me donne-t-elle un sentiment d’urgence à l'écrire ; sans doute cette terre d’Israël m'incline-t-elle à vouloir vous la transmettre.

C’est aussi pour moi-même que je vous raconte cette histoire. Longtemps, je l’ai détournée à mon profit : elle me permettait de séduire un entourage facilement ébahi par son caractère exotique, voire épique. Mais c’est la recherche de l’exactitude qui m’habite aujourd’hui. Il me semble que seule la (re)connaissance de mes ancrages me permettra de chasser quelques vieux démons, notamment ceux liés à d’innombrables « secrets de famille ». Et qu’elle me permettra de recomposer un espace de liberté entre ce que j’ai reçu, ce que je tente de construire ici et maintenant avec vous, et ce que je vous transmets.

J’espère que ce récit familial vous sera doublement utile. Qu’il vous fera prendre conscience, s’il en était besoin, de la richesse des pluralités qui vous construisent, de ces bases qui font de vous ce que vous êtes, dans votre unicité ; et qu’il vous confortera dans l’idée qu’il s’avère nécessaire, lorsque l’on veut construire solidement sa vie, de penser à la fois l’histoire et l’actualité, la fidélité et l’altérité, la mémoire et l’action.

A vous de prendre le relais !

Eric

 

NB : Il n’a pas été facile de reconstituer cette histoire : comme vous le savez, l’Alexandrie de mes parents n’est plus. Son souvenir se perd dans la mémoire des Alexandrins cosmopolites installés (et souvent très bien intégrés) dans leurs nouvelles patries, en France, en Angleterre, en Israël, en Grèce, au Canada, en Australie, au Brésil… Il arrive aux derniers encore actifs de se rencontrer ou de se fréquenter dans leurs villes d’adoption mais ils parlent rarement du cataclysme qui les a dispersés, en 1956. Il est des blessures qui ne cicatrisent jamais, tues par pudeur ou par crainte de les raviver. Chacun, dans la génération de mes parents qui disparaît peu à peu, les aura soignées à sa manière.

J’en suis d’autant plus reconnaissant à tous ceux, innombrables, qui ont contribué à reconstituer ce puzzle.