Les évolutions sociétales

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En cours d’actualisation (Cours de 2019)

Je termine avec la troisième grille d’analyse :

 

III. Les grandes dynamiques sociétales

1. Les révolutions technologiques.

L’Histoire nous a habitués à vivre des sauts technologiques correspondant à des progrès certains pour l’humanité : l’imprimerie, la machine à vapeur, l’électricité, l’électronique… A chaque fois, tous les pays, dont la France, ont réagi avec leur résilience et leur capacité d’adaptation. Mais aujourd’hui, pour la première fois, l’Histoire connaît non pas une mais quatre révolutions technologiques simultanées : le numérique, les nanotechnologies, la biotechnologie neuronale et l’intelligence artificielle.

Ces révolutions sont porteuses de progrès. Je reste personnellement fasciné de voir comment Elon Musk écrit l’avenir technologique spatial, après Bill Gates et Steve Jobs dans leur domaine. Mais le problème, c’est que le politique a, depuis longtemps, « décroché » devant ces ruptures technologiques. C'est bien peu de dire que l'expérience des siècles derniers semble indigente face à la révolution digitale en cours. C'est peu de dire que l'intelligence humaine ne sait pas encore tirer un vrai bénéfice de l'apport massif de l'intelligence artificielle et de la robotisation pour se décharger du périphérique et se concentrer sur le cœur du progrès.

 

Incapable de réguler les révolutions technologiques (demander aux gens qui régule internet…), le politique s’avère donc incapable d’en éviter certaines conséquences négatives : l’hyper connexion du monde conduit aujourd’hui à son hyper vulnérabilité ; l’imprimante 3D permet une explosion de la contrefaçon de pièces détachées, y compris d’armes légères ; le bitcoin se positionne comme une incontrôlable monnaie de référence du dark web ; l’intelligence artificielle est la nouvelle frontière de la surveillance généralisée via les objets connectés ; les robots - dont les humanoïdes - font courir le risque d’une destruction des emplois mais aussi d’une régression des rapports entre les hommes ; et jusqu’au transhumanisme, qui  se moque de l’éthique quand il nous promet un « homme augmenté » ou capable de vivre deux cents ans ; etc.

Ce qui m’amène à la deuxième dynamique sociétale, celle de

2. L’émergence d’une société en réseau et le développement de nouvelles formes de conscience individuelle et collective.

Du côté des ‘plus’ :

Les hommes sont de plus en plus reliés entre eux par des réseaux de toute nature (culturels, économiques, sociaux, religieux). Partout s’inventent de nouvelles formes de vie collective entre entités comparables : par exemple, les régions et les villes se parlent entre elles, coopèrent, innovent. C’est l’émergence de nouvelles tribus comme on dit ; en tout cas, c’est une mise en cause profonde des pouvoirs centraux.

Du côté des ‘moins’ :

Les réseaux sociaux accélèrent la boulimie informationnelle, ce qui contribue à créer des sociétés oublieuses du temps long au profit du zapping. L’info-sphère tourne en boucle et à flux tendu et accélère de dangereuses convergences entre classe politique et médias. D’où une modification profonde du rapport à la vérité. Par des effets de suivisme, de effets « banc de poissons », croyances et désinformation se diffusent à vive allure ; le complotisme et la propagande triomphent, portés par l’individualisme et l’aveuglement narcissique (ie l’illusion de sa propre « vérité »).

Partout, devant certains excès de la mondialisation marchande, apparaissent des lanceurs d’alerte. Que ce soit pour dénoncer la malbouffe, les pesticides, les médicaments dangereux, la pollution, les gâchis et les absurdités de toute sorte.

Ces lanceurs d’alerte sont encore bizarrement considérés par la société. Souvenez-vous de la bataille d’Hélène Frachon pour le médiator. Et aujourd’hui, devons-nous considérer Snowden et Assange comme des criminels ou des héros ?

Au-delà de ces dénonciations ponctuelles, qu’est-ce qui est ainsi mis sur la table ? Une interrogation profonde sur la notion de progrès. Lequel est vécu aujourd’hui autant comme un espoir que comme une angoisse.

Prenons par exemple l’économie numérique. On ne peut plus s’en passer tant elle est devenue indispensable. Mais elle fonctionne sur un postulat : les traces de notre activité sur internet, que nous laissons tous, sont instantanément stockées pour être exploitées. Le big data donne ainsi un pouvoir inquiétant de contrôle, de manipulation et de prévision.

Chaque individu voit sa vie privée numériquement accessible, par les criminels bien entendu, mais aussi par les entreprises et par les gouvernements. J’insiste sur ce dernier aspect : la surveillance de notre comportement, restrictive de nos droits et libertés, par des gouvernements ayant stocké à notre insu, un nombre considérable de données nous concernant. Nous voilà facilement pistés, y compris grâce aux data relatives à nos conversations téléphoniques ou à nos relevés bancaires. Au niveau national, cette collecte de données numériques permet désormais la mise en œuvre d’algorithmes prédictifs, capables de déterminer les éléments susceptibles d’influencer une population, y compris, par exemple, dans le cadre de scrutins électoraux.

 

LE BIO

Jen arrive, pour finir, à la troisième dynamique sociétale, celle d'

3. Un « retour du religieux » 

je voudrais insister sur une crise essentielle qui n’est pas de nature régionale mais a de nombreuses répercussions partout dans le monde. C’est la crise de l’islam face à la modernité. Elle résulte 

-du bouleversement de certaines sociétés musulmanes face à une mondialisation vécue comme une « occidentalisation du monde » culturellement trop agressive ;

-de l’échec relatif des printemps arabes ;

-et du désastre des interventions occidentales dans les pays musulmans d’Afrique et du Moyen Orient.

Elle se traduit 

a/d’un point de vue sociétal, dans la plupart des pays du monde et d’abord en Occident, par la multiplication des signes de repli communautaire et identitaire ;

b/dans sa dimension la plus radicale, par un islamisme combattant qui se présente lui-même comme de nature civilisationnel et se traduit par une multiplication d’actions terroristes à travers le monde ;

 

c/d’un point de vue géopolitique, par une bataille pour l’influence régionale au Moyen Orient et d’abord entre l’Arabie Saoudite et l’Iran. Est ainsi ravivée la bataille historique entre Sunnites et Chiites avec (i) un front soutenu par les Etats Unis (Arabie Saoudite + pays du Golfe + Israël) contre un front soutenu par la Russie (Iran, Syrie) et (ii) un rôle ambigu de la Turquie qui joue sur les deux tableaux et se retrouve de fait en voie d’ « ottomanisation ».